vendredi 11 décembre 2009

La Sportiva Ganda

La Sportiva Ganda
Dans la gamme des chaussures d’approche, destinées au grimpeurs, la Ganda affiche une ambition certaine : celle de partir dans la dimension verticale. Chaussure / Chausson ? A la voir de près déjà c’est difficile à dire, et lorsqu’on la chausse c’est encore plus incertain. Le maintien du pied, que dis-je, l’enserrement du pied est si fort que l’on est plus tenté de croire à ses qualité pour la grimpe que pour la marche. En affichant une telle ambition, La Sportiva prend le risque de voir son modèle échouer dans les deux domaines complémentaires mais contradictoires de l’escalade et de la randonnée : une chaussure qui serait prête à tout mais finalement bonne à pas grand chose…

Nouveau modèle ultra-technique d’approche et de grimpe.

Révolution du concept même de la chaussure d’approche, conçu après plus d’une année de recherche, de développement et de test. Ganda est construite autour du pied: son système très spécial de construction ergonomique (Ergonomic Concept) est du sur-mesure. L’étude de sa tige, de sa forme et de sa semelle ainsi que l’adaptabilité des matériaux ont permis d’obtenir une chaussure faite au pied de qui la chausse.

Pour le montagnard, la chaussure est l’élément de l’équipement qui relie l’homme au milieu: Ganda crée un point de contact naturel avec le monde.

Tige en cuir pleine fleur léger et souple avec tannage écologique « wet white ». Intersemelle et forme suivent la morphologie du pied en éliminant le mouvement à l’intérieur de la chaussure, donnant ainsi plus de sécurité en appui et un minimum de fatigue du pied même après plusieurs heures d’utilisation. Bord de protection en pointe, en prolongement de la semelle pour obtenir un maximum de grip en escalade et de précision sur les appuis.

Semelle à ventouses en un nouveau mélange Vibram aux caractéristiques de tenue supérieures et facilité de ressemelage. Ganda peut être utilisée avec ou sans semelle intérieure. 

Tige: Combiné de cuir pleine fleur + peau hydrophobe + renforts en microfibre de gomme

Doublure: Microfibre anti-transpiration

Intersemelle: 3D injecté PU avec insert Rock Guard

Semelle: Nouveau mélange Vibram® super adhérent à ventouses. Ressemelable.

Pointures: 36 - 47, avec demi-pointures

Brevet: Design enregistré

Poids: Gr. 820 la paire (en 43 j'ai pesé 580g une chaussure avec une grosse semelle)

J’ai choisi un terrain d’investigation qui m’a parut clair dès le départ au contact de la chaussure. En effet sa semelle à ventouses en composé de caoutchouc me paraît moins indiquée pour les pentes d’altitude où l’on risque de trouver de l’herbe mouillée, des névés,et des éboulis de limon ou de terre. Pour ce genre de terrain, je préfère une semelle crantée et plus rigide comme celle de la B5. Je les ai essayé dans l’univers minéral des Calanques et de la Sainte Victoire où j’ai pu éprouver l’adhérence des semelles et la sécurité qu’elles procurent en sentiers expos. Pour l’escalade, je les ai testé en tête, dans des voies classiques et en terrain d’aventure, puis en école dans des niveaux plus difficiles (voir vidéo)

La semelle

La semelle de la Ganda est dans la ligne de celle des Exum Ridge (La sportiva) ou des Guides Tennie (Five Ten). Une semelle Vibram® à ventouses particulièrement bien adaptée au calcaire et qui dure plus longtemps qu’elle ne le laisse paraître au premier regard. Le ressemelage revient à une quarantaine d’euros et est possible plusieurs fois.

Pour ce qui est de la marche, j’ai effectués de nombreux parcours, des marches de 3 heures avec dénivelé conséquent pour me rendre au pied des parois du Val Vierge ou du Devenson dans les Calanques avec un sac chargé à 6/10 kg. Après plusieurs aller/retour de ce tonneau, la Ganda montre un bon maintien avec une sensation de solidité, un amorti sérieux sur le talon, une remarquable précision sur les passages scabreux et une très bonne tenue sur les secteurs de rocher patiné. Lorsque viennent les difficultés, là ou le sentier devient un passage d’escalade on se régale ! Seul bémols: un amorti de bout de pied un peu léger et la languette extérieure qui se décolore sur les chaussettes.

 Le laçage, un point important.

La Ganda qui maximise la tenue de pied offre un laçage qui peut être vite contraignant. Il faut un peu d’expérience de la chaussure pour trouver la bonne dose. D’une façon générale, avec ce  serrage hyper efficace, on a tendance à trop serrer ses arpions et à en souffrir par la suite.

Même pour la partie grimpe le laçage doit se faire gentiment, une fois arrivé au pied de la voie, ne pas trop serrer, car on compresse très vite le pied et on perd ainsi toute sensation. J’ai adopté un serrage léger de la pointe et un serrage correct sur le coup de pied et cela suffit.

Performance en grimpe.

C’est là où je l’attendais. Et bien j’ai du me violenter quelque peu pour aller au bout des ressources de cette chaussure. Tout d’abord pour les appuis de semelles, les passages d’adhérence, c’est du bon !, pas loin du niveau de certains chaussons. La semelle fait un bruit un peu sec sur le rocher, bruit légèrement déconcertant, mais en charge la chaussure tient.

J’ai même trouvé que dans les voies patinées on a un sentiment de stabilité supérieur à celui des chaussons. C’est dans les fissures larges que je me suis régalé avec les Ganda. Son armature permet de tenter, dans les fissures, des coincements de pied plus volontiers qu’avec un frêle chausson. La chaussure s’écrase bien dans l’angle des dièdres et ne bouge pas. Par temps froid, elle offre une isothermie identique à celle d’une chaussure de rando. C’est vraiment un plus !, d’autant qu’une paire de chaussette fine à bouclette ne vous privera de rien en terme de performance. Je les ai essayé sur l’arête de dix heures, dans les Calanques, par un mistral à 90km/h et une température de quelques degrés, des conditions redoutables... Si j’avais les mains bien gelées, mes pieds étaient opérationnels pour la grimpe. Mon compagnon, en chausson n’a pas pu en dire autant !

 Arête de dix heures en hiver

En ce qui concerne l’aptitude au grattonnage, évidemment, plus rien à voir avec un chausson précis, elle font penser à un gros chausson bien pataud. Cependant, si l’on tente un petit trou ou un graton de 2cm ça tient à condition de charger un maximum. Evidemment cela manque de rigidité sur les appuis frontaux. Idem en quarts on manque de puissance. Il faut compenser avec l’adhérence. Au total, une dizaine de voies de plusieurs longueurs effectuées avec ces chaussures/chaussons qui montrent que c’est possible. Ca passe ! Encore faut-il accepter d’y croire ! en tête ce n’est pas toujours évident car c’est aussi une question d’habitude. Il faut jauger le produit avant de lui faire confiance. Vous pourrez toujours garder les chaussons, les vrais, au baudrier !...

 

Bilan

Effectivement la Ganda permet de marcher des heures et on peut vraiment grimper avec ! C’est une chaussure enveloppante et massive, son maintient de pied est irréprochable et elle se révèle assez efficace pour envisager, selon votre niveau, des voies au delà du 5° degré.

Pour les parcours de randonnée avec des passages expos et des pas d’escalade, les ballades avec petits parcours en solo, les longues voies de difficulté modérée ou peu homogène, la Ganda est tout indiquée. C’est également une chaussure idéale pour les voies d’artif, la via ferrata, les longs séjours en baudrier lors de manœuvres d’équipement, et tout spécialement par temps froid où elle remplacera avantageusement les chaussons. Elle est ressemelable (comptez 40€)

Quelques bémols: le poids! pesée à 580g avec une grosse semelle, pour une chaussure, cela fait 1160g la paire. C’est un peu lourd pour une paire de chaussure de grimpe. Attachées au baudrier elles se font un peu sentir. Elles sont également très enveloppantes et peu aérées, donc difficiles à envisager pendant la canicule... Prix TTC : 140€.

Suivi du test, octobre 2012: une sortie solitaire en rando /escalade sur le sentier Forcioli de la Sainte Victoire confirme le "caractère grimpant" de la Ganda. Superbe accorche sur le calcaire de la Sainte, prise en pointe rassurante sur les passages verticaux et bien patinés du parcours. De même à la descente par le sentier jaune direct, la chaussure se révèle précieuse dans le pas de la savonnette. Bien sûr lorsque l'on dévale le sentier qui finit par s'élargir, on remarque que la précision en grimpe observée à la montée se paye par un amorti un peu faible pour les orteils.

  • aptitudes assez exceptionnelles pour l'escalade
  • bon comportement en randonnée, avec un amorti un peu court pour les orteils
  • solidité

 

 

  • un peu lourdes
  • pas de membranes style gore tex